Dans Appel Circus, le LAAC met en avant sa collection d’estampes, sculptures, ou textes engagés de Karel Appel dans un défilé coloré, plein d’animaux fantastiques ou savants, d’acrobates ou clown...

Revenant sur le processus créatif et technique du célèbre peintre hollandais, l’exposition rappelle le goût de l’artiste pour l’expérimentation de procédés inédits, notamment au travers de l’ensemble de ses albums. 

Dans cette quête de la spontanéité de l’enfance, du retour aux sources et au geste premier, les couleurs font la fête ! 

Commissariat : Matthieu Senhadji

« Je pense à la formule du sage hindou du Ve siècle av. J.-C. : “Le mal, c’est la partie qui se prend pour le tout.”. Eh bien, l’art au contraire, cherche à donner le plus d’espace possible à ce “Tout” ! À montrer l’ensemble, autant que possible, bien sûr. »
(Karel Appel, PEL, F. T. III, p. 150)

À l’occasion du centenaire de la naissance de Karel Appel (1921-2006), le LAAC de Dunkerque déploie dans l’espace de son cabinet d’arts graphiques, un ensemble de trente estampes datées de 1978, fruit d’une collaboration avec Claude Manesse et l’éditeur ABCD, formant trois volumes et accompagnées chacune de textes poétiques de l’artiste.

Cet ensemble issu des collections du LAAC, ainsi que les dix-sept sculptures qui ensont indissociables et exposées de manière permanente, telles un cercle magique, ont récemment fait l’objet d’une publication par le musée qui en a considérablement enrichi la compréhension, tant au niveau du sens que de la portée. Le premier volume d’Appel Circus s’ouvre par deux « sourires » et aussi par ces deux formules : « Cirque, miroir du monde » et « Cirque jeu du monde ». La lecture de l’ensemble des poèmes en dégage la juste mesure et le sens profond, et trouve ses prolongements nécessaires dans une série d’entretiens entre l’artiste et André Verdet d’une part, et Frédéric de Towarnicki (F. T.) d’autre part, publiés chez Galilée en 1985, sous le titre Propos en liberté 1974-1984 (PEL), où Appel revient très largement sur sa carrière, son enfance, sa jeunesse, l’acte de création, ses
préoccupations passées et actuelles, et aussi ses prophéties.

On y trouve notamment cette assertion :
« Le jeu est parfois une chose grave […] nous apprendrons à exprimer nos désirs ou nos travaux — même les plus sérieux — sur le mode du jeu : comme autant de “pièces” d’un jeu magique, tragique ou comique. » (PEL, F. T. I, p. 60)

Les « pièces » ? 
Celles d’un monde dont Appel nous enjoint à ouvrir les portes et paré des plus vives couleurs, très directes et physiques; un monde aux figures « faussement » naïves, car n’étant pas seulement souriantes ? « Pièces » : celles ouvrant plutôt sur un « De l’autre côté… », à l’envers du miroir tendu par un monde trop humain, dont, s’inquiète Appel, le devenir utilitariste, matérialiste, machinique et robotique, dont l’obsession de la nécessité de l’avoir et de son corollaire sécuritaire, tend à négliger l’Être ou mieux la pluralité des êtres qui le constituent ?

À moins qu’il ne s’agisse enfin des pièces d’un monde à la fois absent et néanmoins présent, dont le Cirque, quant à lui, nous tend — elles sont toutes proches — les surfaces telles celles de l’avènement possible d’un Autre — aux perspectives miroitantes et démultipliées — dont Appel précise, entre quelques feuillets découpés, planches et textes, la nature : « OEil du cirque » et « Autre regard ».

Le cirque constitue certainement le véhicule le plus à même d’exprimer l’idée formulée par Appel que nous sommes « tous des êtres cinétiques emportés dans les tourbillons de l’espace et du temps ».

Appel d’ajouter que mieux voir et mieux montrer ces tourbillons n’est pas « hors de la portée du computer mental qui est en l’homme » : « ses pouvoirs potentiels m’émerveillent. Comparée à lui la machine, la plus sophistiquée ne sera jamais qu’un miroir brut… » (PEL, F. T. I, p. 63)

Appel Circus, sagesse possible pour quatre milliards d’« enfants-adultes » pas si sages, nous alerte et a une vocation presque programmatique : culturelle — osons le mot, civilisationnelle — certainement subversive, à coup sûr émancipatrice. Le jeu y retrouve tout ou partie de sa fonction, que d’aucuns ont pu voir aux racines de toutes les cultures humaines, et aussi animales — et en effet, l’animal, autre « figure » du cirque, est chez Appel un allié avec lequel l’homme a quelques affinités (si ce n’est toutes), d’où nombre de représentations semblant hybridées ou fusionnées.

On se souvient aussi, lointain et étrange écho, d’un autre poème ou plutôt d’un chant, celui de l’enfance de Peter Handke, qui offre certaines des clés du film de Wim Wenders Les Ailes du désir (1987), où le cirque avait aussi valeur et fonction d’intermonde. Mais là, c’était le monde des anges :

“Als das Kind Kind war,/wußte es nicht, daß es Kind war,/alles war ihm beseelt,/und alle Seelen waren eins.”

(Lorsque l’enfant était enfant,/il ne savait pas qu’il était enfant./Tout pour lui avait une âme/et toutes les âmes n’en faisaient qu’une.)

Le cabinet d’arts graphiques du LAAC :

Situé au coeur du musée, le cabinet d’arts graphiques du LAAC permet la présentation permanente de plus de 150 oeuvres fragiles, conservées à l’abri de la lumière dans leurs tiroirs coulissants. La collection de dessins et d’estampes, composée de 364 oeuvres, complète celle des peintures et sculptures du LAAC.
Les principaux courants artistiques européens et américains des décennies 1950-1980 sont représentés – abstraction lyrique ou géométrique, CoBrA, Nouveau Réalisme, figuration narrative, Pop Art, Supports/Surfaces – ainsi que les courants des écoles du nord et des personnalités inclassables et indépendantes, qui font l’originalité et la richesse de la collection…

    

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Pour + d'informations : Valentine Bouriez, chargée de relations publiques des musées de Dunkerque