GÉRARD DESCHAMPS. Peinture sans peinture
Du 19 septembre au 7 mars 2021


 

« Je n’ai pas abandonné la peinture.
J’ai constaté qu’elle n’était pas seulement dans les tubes. »

  

La rétrospective d’ampleur de l’œuvre de Gérard Deschamps montrera un corpus d’une centaine œuvres de 1956 à 2020. Membre des Nouveaux Réalistes, coloriste virtuose et assemblagiste obsessionnel, Gérard Deschamps fait de la peinture sans les tubes et sans les pinceaux. Ses œuvres se composent d’ensemble de tissus, de sous-vêtements féminins pastels, de toiles cirées et de chiffons japonais, d’objets quotidiens aux couleurs vives.

 

COMMISSAIRES : Hanna Alkema & Sophie Warlop

  

AVEC LE SOUTIEN DES COLLECTIONS PUBLIQUES ET PRIVÉES

Art Passion Metz ; Centre Pompidou, Musée national d’art moderne / Centre de création industrielle, Paris ; Collection Fondation Cartier pour l’art contemporain, Paris ; LAAC, Dunkerque ; Collection Gérard Albert Cohen ; Collection Gérard Deschamps ; Collection Jean Pierre Raynaud ; Collection Michel Bouchaïb ; Collection du musée du dessin et de l’estampe originale – Gravelines ; Collection Fabre ; Collection privée – Bruxelles, Courtesy Bounameaux Art Expertise – Bruxelles, remerciements : Serge Goisse ; Collection privée – Bruxelles, Courtesy Galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois, remerciements : Serge Goisse ; CNAP, Centre national des arts plastiques, Paris ; Musée d’Art Moderne de la ville de Paris ; Musée des Beaux-arts de Dôle ; MUMOK, Museum moderner Kunst Stiftung Ludwig Wien, Vienne

    

NOTE D'INTENTION :

Coloriste virtuose et assemblagiste obsessionnel, Gérard Deschamps a cherché tout au long de son parcours à faire de la peinture sans les tubes et sans les pinceaux. Souvent en prise avec l’espace tridimensionnel, son œuvre peut toutefois se lire comme une réflexion au sujet de la peinture : ses genres (nature morte, paysage, peinture d’histoire), ses effets (chromatiques, de matières, de plissés…) ou l’art de la composition, au cœur du processus d’association de matériaux existants. Gérard Deschamps interroge la dimension décorative de l’art, en collectant des objets et des tissus déjà ornés de motifs qu’il combine. Pour les rares matériaux monochromes prélevés, il met en avant leurs qualités chromatiques propres ou les aléas du passage du temps sur les surfaces. Par le choix de certains objets, Gérard Deschamps fait figure de peintre « d’histoire », en ce qu’il emploie de quoi dépeindre la société, dans ce qu’elle a, toutefois, de plus banal, de plus généralisé : dessous féminins, ballons et autres jouets, toiles cirées, balais, torchons… Lui-même s’identifie volontiers à un archéologue ou un conservateur de musée. Associé au groupe Nouveau Réaliste, Gérard Deschamps ne semble pas avoir de sujets de colère, ni ne traduire de drames. Il déconstruit et reconstruit habilement le réel, avec un recul teinté d’humour et une manière de voir de façon picturale. Son œuvre, économe dans ses moyens et généreuse dans ses effets, se poursuit jusqu’à aujourd’hui avec audace, modernité et fraîcheur.

L’exposition rétrospective Gérard Deschamps. Peinture sans peinture entend proposer un panorama de la création de l’artiste, depuis la fin des années 1950 jusqu’à aujourd’hui, au travers de près d’une centaine d’œuvres issues de collections privées françaises et d’institutions publiques européennes. Elle fait suite à plusieurs présentations du travail de l’artiste lors d’expositions au LAAC et à l’acquisition en 2016 de l’accumulation de tissus imprimés Fleurs de Hollande, datée de 1963. Présentée dans quatre salles du premier étage du musée, elle propose un parcours thématique abordant quatre aspects traversant la pratique de Gérard Deschamps depuis ses débuts.

    

   

OEUVRES IN SITU Made in 2020

Une pneumostructure sur le lac du LAAC

Les objets du quotidien en plastique de couleurs vives exercent chez l’artiste une fascination non démentie depuis les années 1960. Bouées, matelas gonflables et autres gadgets de plage pneumatiques sont les composantes - détournées de leur usage - de cette série de Pneumostructures. Autant monumentales qu’éphémères, Gérard Deschamps réalise ces “sculptures” depuis les années 2000. L’une d’entre elles réalisée spécifiquement pour l’occasion trouvera ainsi sa place sur le lac du LAAC !

Des voiles pour les légendes

À l’occasion de l’événement Voiles de légendes, dans le forum du LAAC, l’artiste présentera une installation faite de voiles de planches dans la lignée de ses créations.

   

PLI ET MOTIF - PLI ÉMOTIF


Parmi les recherches de Gérard Deschamps, se trouve la réflexion – très picturale – sur les effets de plissage. Le drapé constitue en effet un motif classique dans l’histoire de l’art, magnifiant les sujets, les jeux de lumière, le rendu du volume et du mouvement.

Dans ses premières œuvres matiéristes de la fin des années 1950, Gérard Deschamps agit comme les peintres informels, voire les artistes Cobra, évoquant la réalité par une sorte de vie de la matière, faisant penser aux hautes pâtes contemporaines d’un Jean Fautrier ou d’un Bram Bogart. ll tient son « tachisme » des reliefs obtenus par l’intégration de matières exogènes à la peinture : des lambeaux de tissus noyés et englués, à la manière des recherches contemporaines d’Ida Karskaya avec des écorces d’arbre et Alberto Burri avec des sacs de jute. Tels sont les débuts d’un peintre à part, avant que l’abandon de la peinture des tubes ne soit consommé et donne lieu à une série de tableaux d’assemblages de tissus et de chiffons, savamment composés, la plupart du temps montés sur des châssis de toile. La question du plissé se présente à nouveau dans son œuvre avec la série des Voiles de planche réalisées dans les années 1990.

À ces expérimentations sur les relief feints ou réels, s’ajoute une réflexion sur le décoratif dans l’espace du tableau. Dans certaines des œuvres en tissu, l’usage de matériaux textiles récupérés – d’origine belge puis japonaise – offre à l’artiste un répertoire de motifs imprimés qu’il agence, ré-organise ou isole, avec un sens précis de la composition. Le dialogue dense voire cacophonique des sujets représentés contraste avec les surfaces tantôt très planes des grands patchworks, tantôt relevées par les plis, les chiffonnages et les nœuds.

   

PEAUX DE PEINTURE / POLITIQUE DES CORPS


Dans les années 1960, Gérard Deschamps réalise deux séries en prise avec la question du corps. L’une, faite d’accumulations de sous-vêtements féminins, est subversive par l’intime qu’elle expose, la suspicion du fétichisme et rend compte, aussi, du corsetage des corps féminins modelés par le tissu et les lacets. Par ce geste, il semble montrer des corps absents mais que l’on voit comme une image persistante attachée aux culottes, corsets et autres effets. En rendant visible ce qui n’est pas, Gérard Deschamps fait scandale… Peu avant, Alain Resnais avait filmé Nuit et brouillard, donnant à voir l’horreur des camps d’extermination et leur accumulation de chaussures, lunettes, cheveux, dentiers, vêtements. Le choc des accumulations frappe plusieurs artistes. Arman en parle longuement. Lui traite les tissus comme des matières premières aux couleurs douces, comme un peintre qui manie tantôt le camaïeu, tantôt fait chatoyer la palette.

L’autre série débutée en 1965 se compose, non sans ironie, de décorations militaires surdimensionnées faites de treillages métalliques – seule de ses réalisations pleinement « fabriqués » de ses mains. Elle est une réponse à la fois à l’abstraction géométrique et à l’Op’ art qui dominent le marché de l’art et à son expérience de la guerre d’Algérie, pour laquelle il a été mobilisée 28 mois. Là encore, l’insigne renvoie aux actes imposés aux hommes pour le maintien de l’ordre social. Sans que cela soit sans doute pleinement conscient, ces séries mettent en exergue les comportements autorisés en fonction du genre, dans le contexte d’une société sur le point d’être remise en question.

   

PEINTURES D'HISTOIRES


Gérard Deschamps semble, au retour de la guerre d’Algérie, ressentir une sorte d’urgence à traduire sa récente expérience de la guerre. Cette période donnera lieu à son travail le plus sobre ; il y est question de faire peinture avec les matériaux de l’armée : Bâches de signalisation de l’armée américaine, Tôles irisées ou Plaques de blindage deviennent des peintures minimalistes abstraites aux couleurs âprement séduisantes.

Au regard du travail caractérisé par une tendance à la densité, au foisonnement voire au fouillis, les séries présentées dans cette salle semblent relever d’un langage classique, marqué par la sobriété et surtout l’unité d’action du grand genre : les objets sont simplement admirables de puissance, malmenés par leur environnement (le climat, les armes) et le passage du temps. Ces œuvres mettent en exergue les qualités intrinsèques des matières et passent sous silence leurs fonctions initiales. La couleur toujours prévaut au choix de ses prélèvements. La guerre est transcendée par les bâches fluorescentes qu’il accroche telles quel, comme des peintures. Les morceaux métalliques qu’il fait saboter par explosifs ou tirs deviennent reliefs ou sculptures.

   

NATURES MORTES DE LA VIE MODERNE


Dès la fin des années 1950, Gérard Deschamps pense l’intégration de la société de consommation dans la peinture, en réalisant des collages de produits figurant dans des catalogues de ventes. Les assemblages d’objets sous forme de tableaux, emboîtés sous Plexiglas apparaissent au tout début des années 1960 et se poursuivent sous d’autres formes jusqu’à aujourd’hui. Aux balais, miroirs et toiles cirées succèdent plus tard les skate-boards, ballons, planches de surf et bouées gonflables, du monde ménager à la société des loisirs, agencés avec la précision d’un peintre qui compose son sujet sur la toile. Il est particulièrement attentif aux agencements chromatiques et à ce que chaque composant soit également mis en valeur.

Il est aussi possible de comparer sa démarche à celle d’un ethnologue qui dégage des typologie d’objets – lui parle de « panoplies » – ou à celle d’un archéologue du présent, figure à laquelle se sont identifiée quelques-uns de ses camarades Nouveaux Réalistes. Ces saisies d’un réel, dont les artefacts changent à chaque nouvelle saison, toujours plus vite dépassés ou obsolescents, engagent également un dialogue avec les Vanités classiques, allégorie du passage du temps, particulièrement perceptible dans la série des Pneumostructures, sculptures faites de bouées gonflables de la grande distribution, aussi monumentales qu’éphémères. Gérard Deschamps rappelle que la vraie question de l’art est plus que jamais celle du regard porté sur le monde. Il nous oblige à considérer ses objets, mettant l’accent sur la banalité plus que sur l’exceptionnel, à regarder en face le réel, puis douter.

  

  

DOSSIER DE PRESSE

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