Les collections des musées de Dunkerque s'affichent en ville avec DK'Bus !

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Vous avez vu des tableaux, des sculptures et des objets rares sur les bus de Dunkerque ?

Alors que la crise sanitaire nous oblige à fermer les portes du LAAC, le musée des beaux-arts, fermé depuis 2015, expose sa collection dans l'espace public grâce à une opération initiée par la Communauté urbaine de Dunkerque, et menée conjointement par les musées et DK'BUS. 

Une occasion en or de redécouvrir une partie de nos collections de beaux-arts, et d'objets rares, anciens, précieux, exotiques.
(D'ailleurs, avez-vous déjà lu notre nouvelle édition dédiée à la collection du musée des beaux-arts ?)

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Les œuvres expliquées_

MARCHANDE DE FRUITS

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Frans Snyders a peint plus de huit cents tableaux dans une carrière artistique longue de plus de cinquante ans. Son père tenant une auberge, l’artiste a été très tôt confronté à l’accumulation des aliments dans les celliers.

La toile représente une scène d’extérieur dans laquelle prennent place deux personnages et un étalage de fruits et légumes en très grande quantité. Cette abondance traduit l’évolution économique vécue depuis la fin du Moyen Âge et la révolution agricole (arrêt de la rotation triennale permettant de cultiver 3 champs en même temps) qui se répercute sur les siècles suivants. La rareté de certains fruits présentés ici traduit les échanges commerciaux avec l’Asie, l’Amérique et l’Afrique. La bourgeoisie flamande s’y est considérablement enrichie et importe des fruits méditerranéens tels que la grenade ou le citron. L’artiste a respecté les saisons puisqu’il n’a représenté que les fruits et légumes récoltés fin août ou début septembre. D’autres éléments exotiques sont présents, à travers les animaux comme avec le perroquet, mais aussi à travers des porcelaines chinoises.

La femme qui est une marchande tend à l’homme, revenant de la chasse avec un lapin sur l’épaule, une figue en signe d’amour. Le singe qui s’apprête à prendre une figue ajoute une note un peu moqueuse et humoristique. Le tas de légumes et de fruits qui occupe plus du quart de la toile nous fait placer l’œuvre dans la catégorie des natures mortes car les personnages sont présents d’une façon plus anecdotique, beaucoup moins importante.

L’artiste montre son goût pour le décoratif, avec un excellent rendu des fruits et des légumes, exécutés d’une façon réaliste, avec des couleurs éclatantes. Les bleus des porcelaines ou bien les jaunes des coings montrent la qualité de son art de coloriste.

Marchande de fruits, SNYDER Frans, XVIIe siècle, peinture à l’huile, 153 x 235 cm, MNR déposé au musée des beaux-arts de Dunkerque, photo d'Emmanuel Watteau

Oiseaux

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Issu d’une famille d’artistes, Jan van Kessel l’Ancien est un peintre du XVIIe siècle célèbre pour ses nombreuses peintures thématiques dans lesquelles il intégra des représentations très naturalistes d’animaux et d’insectes.

Le petit format de cette œuvre intitulée « Oiseaux », accompagnée dans la collection du musée d’une autre œuvre similaire par le sujet, la taille et la technique, indique qu’il s’agirait d’un travail préparatoire pour un tableau beaucoup plus grand.

Cette peinture sur cuivre, signée en bas à droite par l’artiste, représente des oiseaux qui peuplent étangs et marais. Certains sont saisis en plein vol et l’artiste nous les représente d’une façon très rapprochée à l’avant-plan, tandis que nous apercevons en bas du tableau la forêt plus éloignée. 

Van Kessel ne cherche pas à atteindre la perfection dans ses représentations mais il veut nous offrir une composition belle et variée à admirer et qui retienne notre regard.

Oiseaux, Jan Van Kessel I, XVIIe siècle, huile sur cuivre, 13,7 x 18,3 cm, collection des musées de Dunkerque, photo de Hugo Maertens 

​​​​​​​Nature morte au jambon

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Peintre de natures mortes et de vanités, on connaît peu de choses sur la vie de l'artiste qui s’est vraisemblablement déroulée à Haarlem aux Pays-Bas.

Cette nature morte de déjeuner s’apparente à ses œuvres de jeunesse par la tension entre le clair et l'obscur. Par la suite, l’artiste éclaircira ses fonds. Cette œuvre est typique d’un type de nature morte développé en Hollande et intitulé Bankettchen ou petit repas ou encore collation.

Nous sommes face à une mise en scène d’une très grande simplicité et sobriété, sous un éclairage lisse et subtil qui met en valeur la blancheur de la nappe aux plis bien nets et la lumière sur le verre. Le peintre utilise une tonalité monochrome brunâtre ou grisâtre : des tons discrets mais empreints de solidité.

P. Claesz rend les objets métalliques avec beaucoup de raffinement et de réalisme mais il met surtout l’accent sur les mets. Les demi-meules de fromages superposées dans une corbeille symbolisent la bonne place des fromages de prix, appartenant aux produits d’exportation du pays. L’os du jambon dans un plat révèle une cuisine grasse et riche. Avec le fromage, ces produits rappellent l’observation des interdits du carême. La présence de l’homme est révélée par l’agencement de l’assiette, du pichet, du verre, du couteau abandonné et le petit pain entamé.

L’assiette placée sur le bord de la table est d'une forme typique de Haarlem. Seul le couteau est représenté débordant de la table, les cuillères sont plus rares et restent des cadeaux précieux conservés avec soin dans les armoires, alors que la fourchette n’apparaît que plus tard vers 1700. Claesz parvient à rendre les différents effets de matières, leur aspect tactile et gustatif.

Cette nature morte est porteuse de sens symboliques et elle se veut l’image de la prospérité et le reflet de la société hollandaise. Le XVIIe siècle est celui de l’expansion coloniale des Pays-Bas et de leur domination sur les mers.

Nature morte au jambon, CLAESZ Pieter, XVIIe siècle, peinture à l’huile, 76,5 x 49,5 cm, MNR déposé au musée des beaux-arts de Dunkerque, photo d'Emmanuel Watteau   

Fantaisie

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Après avoir été formé à Madrid, l’artiste peintre espagnol continue son enseignement à Paris à l’École des Beaux-Arts à partir de 1860. Il voyage ensuite en Angleterre, Belgique, Hollande et Allemagne, pour finir par s’installer à Paris en 1869 puis à Rome à la fin de 1874. Ami avec le compositeur allemand Richard Wagner, il fait connaître ses œuvres au début du XXe siècle en Espagne. Sa carrière artistique est consacrée aussi aux œuvres mettant en avant des personnages wagnériens remplis de mysticisme et du symbolisme français. Il exécute également des natures mortes mais aussi des représentations intimistes mettant en scène des personnages féminins dans des intérieurs bourgeois, très à la mode à l’époque.

L’œuvre du musée de Dunkerque, Fantaisie, est un bon exemple parmi les nombreux tableaux de l’artiste sur ce thème des portraits et des intérieurs.

Cette toile présente une jeune femme rêveuse qui prend la pose, richement habillée à l’espagnole, assise au sol sur des peaux de bêtes. Autour d’elle : un environnement chargé de meubles en laque, d’ombrelles, de porcelaines, d’éventails et d’étoffes précieuses… Cette composition, toute en hauteur selon le modèle japonais des peintures sur papier en rouleau, est typique du goût de l’époque pour les objets décoratifs et les estampes du Japon appelé le japonisme. Dans ce tableau, le Japon devient clairement une source d’inspiration pour l’artiste qui cherche à sortir un peu des sujets d’Histoire mais aussi parce que le Japon, longtemps fermé aux Occidentaux, a commencé à s’ouvrir à partir de la seconde moitié du XIXe siècle. À cette période, l’Europe était envahie par des objets et des produits japonais, comme en témoigne cette peinture.

L’artiste accorde une importance au sol qui est relevé à l’avant-plan et à l’ensemble d’objets rejetés au second plan, le tout semblant former un nid pour mettre la jeune femme au centre de notre regard. Les motifs floraux présents sur la robe de la femme mais aussi sur les décorations des objets qui occupent la pièce sont très vifs et renforcent notre attention. Les couleurs franches des vêtements mettent en valeur le personnage central. Une sensualité discrète émane de cette jeune femme au léger sourire qui semble rêver à quelque rencontre ou aventure. L’impression est renforcée par les fourrures sur lesquelles elle est assise et qui semblent associer la nature profonde de la femme et cette posture voluptueuse.

Fantaisie, Rogelio de Egusquiza Barrena, XIXe siècle, huile sur toile, 40,4 x 29,7 cm, collection des musées de Dunkerque, photo d'Emmanuel Watteau  

Singes

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Artiste belge du XIXe, Noterman se forme à Anvers, à l’Académie royale et s’installe à Paris par la suite. Il est spécialisé dans la peinture de scènes de singes (la « singerie ») et des peintures de chiens et de chats.

Le singe, animal imitateur par excellence, est associé au Moyen Âge au diable et à l’homme corrompu. Quand le singe caricature les faits et les gestes de l’homme, il devient à lui seul un genre pictural qui se développe dans les Pays-Bas au XVIIe siècle. Au XVIIIesiècle, la singerie était un thème très à la mode comme élément décoratif dans les arabesques, sur des boiseries, vases en porcelaine, tapisseries. Le singe continue à garder une place toute particulière dans la peinture au XIXe siècle : doté d’un sens moral, il s’approprie des actions humaines comme dans les arts sous les traits d’un peintre ou d’un musicien.

Ce tableau s’inscrit dans cette tradition dans laquelle le thème des animaux musiciens est très apprécié. L’artiste remet à la morale le goût des singeries. Dans une taverne, autour d’une table, trois singes portant des vêtements humains boivent, conversent et gesticulent, abandonnant leurs instruments. Le clair-obscur vient ici accentuer leurs attitudes et la volonté de l’artiste de dénoncer les travers de l’espèce humaine et ses faiblesses. À la fois comique et espiègle, le singe peut être aussi effrayant, angoissant et moqueur… L’artiste peint cette scène avec un très grand réalisme dans les gestes et les attitudes, mais y exprime aussi son talent de coloriste pour rendre la scène plus vivante et percutante dans son aspect satirique des travers humains.

Singes, Zacharie Noterman, 1878, huile sur bois, 54,1 x 66,8 cm, collection des musées de Dunkerque, photo de Hugo Maertens 

Noli me tangere

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Peintre d’histoire anversois très influent au XVIIe siècle, Abraham Janssens reçoit beaucoup de commandes publiques et concurrence le célèbre Rubens. Après un séjour en Italie, il fut influencé par les œuvres de l’artiste Caravage.  

Janssens est le premier auteur de ce tableau car il en a exécuté les personnages.  Le thème est celui de l’apparition du Christ à Marie-Madeleine sous forme d’un jardinier après la Résurrection (Jean, XX : 14-18 ou Marc XVI : 9). Elle tend la main en sa direction pour s’approcher de lui, mais le Christ la repousse en disant « Ne me touche point mais va vers mes disciples et dis-leur que je monte chez mon Père et votre Père ». C’est un texte d’une grande importance théologique car c’est la première apparition du Christ ressuscité, avant celle aux apôtres et aux pèlerins d’Emmaüs. Le choix prioritaire de Marie-Madeleine n’est pas un hasard car elle incarne l’humanité pécheresse sauvée par la foi. 

La scène se déroule dans un vaste paysage peint par Jan Wildens, spécialiste du genre. Il choisit un vieil arbre fruitier au fût enlacé de vigne qui symbolise le sacrifice salvateur du Christ : son sang versé pour l’humanité est rappelé par le vin de la messe. Et derrière Marie-Madeleine, on aperçoit une porte ouverte donnant accès à une prairie où un berger fait paître son troupeau. Ils illustrent le discours du Christ quelque temps avant sa mort : « Je suis la porte des brebis, (…) qui entre par moi sera sauvé, et il entrera et sortira et trouvera des pâturages (…) je suis l’excellent berger/le bon pasteur ; l’excellent berger/le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis » (Jean, XX : 7-11).

La nature morte aux légumes justifie l’aspect du Christ en jardinier, vu la place importante qu’elle occupe. C’est aussi un symbole. Avec tous les légumes et fruits représentant toutes les saisons, cela pourrait représenter les bienfaits du renoncement aux choses de ce monde trop terrestre. Cela peut aussi se rapporter à Marie-Madeleine et à sa vie contestable avant la rencontre du Christ : elle est agenouillée sous l’arbre portant les fruits du péché. La courge et le potiron au centre évoquent la luxure.

Ensemble, A. Janssens et J. Wildens transcrivent sur la toile, par le biais d’une interaction entre la narration de la situation et la symbolique des choses représentées, les fondements du christianisme.

Noli me tangere, Abraham Janssens et Jan Wildens, 1620, huile sur toile, 151,8 x 202,8 cm, collection des musées de Dunkerque, photo de Jacques Quecq d'Henriprêt 

L’Amoureux

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L'auteur de ce tableau est Charles Edouard de Beaumont, élève du peintre Boisselier le Jeune (1790 - 1857) qui était professeur à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr. Il est plus connu sous le nom d'Edouard de Beaumont (1821 - 1888). Il s'est fait connaître avec un grand nombre de dessins et lithographies.

La présente œuvre se situe dans la droite ligne de la peinture galante du XVIIIe siècle initiée par les artistes Watteau ou Fragonard. Ce tableau de genre du XIXsiècle illustre une scène de séduction : un jeune élégant conte fleurette à une jeune femme qui ne rejette pas l'invitation car elle a donné le bras au jeune homme.

La scène se corse du fait de la présence d'un autre jeune homme dans les buissons (voyeur ou jaloux ?). Les tons pastel auxquels le peintre a recours semblent indiquer une scène anodine et sans arrière-pensée mais cette vision idyllique est contredite par la présence d'une statue de faune dont l'expression intense révèle les intentions réelles du galant.

Le tableau est donc moralisateur et signale aux jeunes femmes qui se laisseraient tenter par de belles paroles que le danger du déshonneur rôde sous des aspects innocents accentués par la douceur des tons utilisés. En ce sens, il est représentatif de la bienséance voulue par la bourgeoisie du Second Empire dont Zola dénoncera l'hypocrisie.

L’Amoureux, Charles Edouard de Beaumont, XIXe siècle, huile sur toile, 51,7 x 66,8 cm, collection des musées de Dunkerque, photo de Jacques Quecq d'Henriprêt 

Le Couronnement de la Vierge

L’artiste Nicolas Truit, né et mort à Dunkerque, étudie la peinture à Bruges puis à Paris avant de revenir en 1768 à Dunkerque où il fonde la première Académie de peinture et de dessin. 

Ce tableau a pour thème le couronnement de la Vierge Marie par la Trinité. Cher à l’église catholique, ce thème montre sa gloire et ses mérites.

Au centre du tableau, la Vierge Marie est couronnée par les figures très reconnaissables du Christ qui porte la croix vêtue d’une étoffe rouge et de Dieu le Père sous la forme d’un vieillard qui tient le sceptre. Marie se tient debout, au même rang que celui de Dieu et de son fils, avec ses mains croisées. Au-dessus de sa tête figure une couronne dorée. Dans la partie supérieure, une colombe symbolise le Saint-Esprit. Autour sont représentés les chérubins et les séraphins, des personnages sous les traits des anges qui nous montrent que nous nous trouvons au paradis. Dans la partie inférieure, au premier plan, les anges musiciens, chantant et jouant de divers instruments, sont des personnages récurrents et accompagnent généralement les épisodes de la vie de la Vierge et traduisent les harmonies divines du paradis et de la cité céleste. 

Ce thème du couronnement est lié à l’Assomption quand Marie monte au ciel, accompagnée par la lumière céleste. Ce culte marial était fréquemment représenté à l’époque de la Contre-réforme et nous le rencontrons aussi dès le XIIIe siècle dans la Légende dorée de Jacques de Voragine, ou bien dans la Bible au chapitre XII de l’Apocalypse de Saint-Jean. Fidèle à cette iconographie, l’artiste dunkerquois montre son talent avec un réel souci esthétique dont on se rend compte avec le rendu des drapés, la robe de la Vierge et toute la richesse de détails dans l’exécution de ces nombreux personnages

Le Couronnement de la Vierge, Nicolas Sébastien Truit, Huile sur toile, XVIIIe siècle, 323,4 x 232,9 cm, collection des musées de Dunkerque, photo d'Emmanuel Watteau  

Paysage de l’Afrique du Nord

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Engagé dans la Marine dès l’âge de 12 ans, Charles Vacher de Tournemine a eu l’occasion de visiter l’Orient à plusieurs reprises. Il découvre les villes comme Constantinople, Beyrouth, Tyr ou bien Alexandrie. Plus tard, il s’intéresse à la peinture et se forme dans l’atelier d’Eugène Isabey, artiste célèbre figurant dans la collection du musée. 

Autour de 1830, avec l’expansion coloniale, les hommes de lettres et les artistes français voyagent en Egypte, en Algérie et dans d’autres pays du Nord de l’Afrique qui deviennent une source d’inspiration. 

Le style orientaliste suscite alors l’imaginaire de l’artiste et du spectateur et nous montre dans ce tableau un paysage assez désertique avec une scène de genre où les personnages exercent des activités différentes. Cette image nostalgique rappelle le retour aux sources, c’est-à-dire à un monde plus sauvage, caractérisé par le calme et la sérénité de cette civilisation plus près de la nature. 

Les hommes portent des costumes traditionnels orientaux caractérisés par le turban blanc, la tunique richement décorée (le caftan), le pantalon à jambes bouffantes (sarouel) et le gilet brodé d’or.  

Pour ce qui est du paysage, il y a un contraste saisissant entre les grandes étendues désertiques et l’agitation humaine des cités et des ports orientaux. Mais aussi très différent des paysages occidentaux par l’architecture, la végétation presque inexistante avec une étendue d’eau et les animaux utilisés pour la locomotion et l’activité du quotidien. La chaleur accablante est suggérée par la lumière intense qui révèle un climat très différent du climat occidental.  

L’artiste fait découvrir l’Orient vivant : les personnages sont couchés au soleil, certains au bord du réservoir d’eau, d’autres devant une habitation toute blanche au toit plat soutenu par des colonnes et une porte en plein cintre, l’ensemble baignant dans une lumière très vive. L’ajout de vestiges de l’Antiquité gréco-romaine est considéré par l’artiste comme typique de cet Orient maghrébin et signe d’une certaine décadence !

Paysage de l’Afrique du Nord, Charles Vacher de Tournemine, 1857, huile sur toile, 126,6 x 72,8 cm, collection des musées de Dunkerque

La Pierre mystérieuse de Pompéi

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Amoureux de l’Antiquité et de l’archéologie, l’artiste suit un enseignement artistique à Rome à l’Académie de France, une institution prestigieuse qui formait les artistes français au classicisme italien. Il vivra pas moins de dix-sept ans à Rome et en profitera pour visiter longuement les sites archéologiques qu’offre l’Italie. Les fouilles à Pompéi sont alors en plein essor et Leroux s’en informe.

Le présent tableau a été exposé au Salon de 1885, acheté ensuite par l’État et offert à notre musée.

Représentée de profil, une jeune Pompéienne dépose un baiser sur une pierre de couleur noire, encastrée à mi-hauteur dans le mur d’entrée d’une maison. Elle semble d’un milieu modeste (peut-être est-ce une esclave ?) : simplicité dans la tenue, pieds nus et un anneau à sa cheville, ses cheveux tombant sur le dos. La pierre ne comporte ni représentation animale, ni humaine et montre des inscriptions presque illisibles, un mélange de latin et de grec. Des pistes sont possibles pour décrypter cette pierre qui pourrait faire l’objet d’une dévotion religieuse car, au-dessus de la pierre, on peut lire le mot latin sacrum qui signifie consacré à, et peut être aussi la mention DEAE signifiant à la déesse. Une plaque à gauche de la pierre noire porte des lettres en minuscules grecques lisibles qui disent « Aime-moi ».

Aux pieds de la jeune femme, des ex-voto témoignent d’une vénération pour cette pierre. Au-dessus de sa tête, on peut lire deux lettres majuscules en grec : alpha α et oméga Ω (la première et la dernière lettre de l’alphabet grec), des cryptogrammes (énigme basée sur un message chiffré) chrétiens peut-être, liés à la divinité du Christ et qui signifient qu’il est le commencement et la fin de tout. Ceci attesterait de la présence des chrétiens à Pompéi mais cela reste hypothétique d’autant que les pierres votives ne sont pas de tradition chrétienne.

En tout cas, Leroux donne une intensité humaine réelle à cette scène de dévotion peu classique puisqu'il s’agit d’un culte non pas officiel mais plutôt humble, discret voire caché. Il donne à voir ce qu’il présente comme un pan secret de la culture romaine ancienne et c’est ce qui fait l’intérêt de cette toile néoclassique par sa facture chargée d’une émotion certaine.

La Pierre mystérieuse de Pompéi, Louis Hector Leroux, 1884, huile sur toile, 126,5 x 78,2 cm, collection des musées de Dunkerque, photo d'Emmanuel Watteau 

Vue d’un port d’Orient

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L’artiste est né à Rotterdam vers 1632 et mort à Anvers en 1696.

Spécialisé dans la peinture de marines, il affiche une prédilection pour les vues de ports, et en particulier ceux de la Méditerranée orientale. Les tableaux traitant ce type de sujet étaient très recherchés à l’époque par les amateurs d’art tant flamand que français. Au terme des grandes découvertes, la bourgeoisie européenne du XVIIe siècle se familiarise avec l’Orient, ses épices et ses soieries.

Le tableau représente un port de la côte orientale de la Méditerranée. L’agitation du port semble fasciner le peintre : bateaux marchands imposants réalisés avec soin et un grand souci du détail, navires massifs revenus de lointains voyages qui jettent l’ancre dans une mer apaisée. La mer est le sujet du tableau ici, c’est une mer symbolique qui est le point d’arrivée ou le point de départ vers de nouvelles aventures. Elle n’est plus le danger et l’inconnu : elle amène à des rivages longtemps espérés.

Pour créer le dépaysement, l’artiste a mêlé personnages vêtus à l’orientale et animaux exotiques à un décor italien. Cet Orient est donc recomposé et imaginé par l’artiste : il ne s’agit pas d’une œuvre à sujet historique, religieux ou mythologique.

Le peintre renoue aussi avec l’Antiquité romaine par le recours à une architecture rayonnante, toute blanche et baignée de lumière. On retrouve à profusion des éléments classiques : colonnes, chapiteaux, entablements, niches avec statue. Cette vue s’inspire en grande partie des images typiques que donnent de l’Orient les peintres italiens puisant dans les récits des marchands de leur pays.

Ce qui rappelle encore le style italianisant, c’est la forêt composée de grands arbres entourant quelques ruines. Ce décor composé de palais, fontaine, arbres s’anime d’une caravane aux animaux exotiques (chameaux, singes, paons, perroquets …) et aux personnages habillés d’amples vêtements ou robes aux couleurs vives, enturbannés pour préciser au spectateur qu’il s’agit bien d’un port d’Orient. Le tableau mêle éléments à l’orientale et architecture à l’occidentale, donnant à l’ensemble un aspect presque irréel : c’est donc bien un Orient imaginaire, reconstitué qu’il donne à voir.

Pour accentuer le dépaysement, le peintre mélange les classes sociales. Les puissants, richement vêtus « à l’orientale », se retrouvent près du palais tandis que les esclaves, eux, sont représentés presque nus.

Le regard est porté loin vers la ligne d’horizon liant la mer et le ciel, dirigé par la palette du peintre qui s’éclaircit progressivement et crée ainsi une ouverture au centre du tableau. L’arrière-plan fait de collines, de ruines et d’une cité fortifiée, donne sa profondeur à l’image. La lumière dorée crée sérénité et calme.

Séparé en deux parties, le tableau est encadré à gauche par une forêt aux tons foncés et même sombres et à droite par une architecture mise en évidence par une lumière aux couleurs plus claires.

L’Orient représente pour l’artiste l’ailleurs, l’exotisme mais aussi un besoin d’évasion et de renouvellement de l’inspiration : la thématique classique, historique et mythologique est abandonnée pour un contemporain exotique non pas réaliste mais rêvé. On se trouve dans un décor recréé voire théâtral. La théâtralité est d’ailleurs présente dans les gestes expressifs et dans les poses des personnages qui donnent à l’œuvre une tonalité lyrique et mélancolique.

Vue d’un port d’Orient, Hendrich Van Minderhout, 1688, huile sur toile, 119,2 x 247,2 cm, collection des musées de Dunkerque, photo de Jacques Quecq d'Henriprêt  

Conque d’appel

A l’état naturel, le triton du Pacifique, coquillage-trompe en forme de spirale, abrite un grand mollusque gastéropode (Charonia tritonis). Il tire son nom de Triton, dieu mi-homme, mi-dauphin, qui était le fils de Poséidon (dieu de la mer) et trompettiste en chef de ce dernier.

Les chefs guerriers des Marquises ramassaient leur coquille et s’en servaient pour donner l’alerte en soufflant dans un trou qu’ils y avaient percé.

Cette conque marine appelée également « pu » était utilisée aussi comme instrument cérémoniel à l’occasion des rites funéraires. Il est orné de touffes de cheveux humains et d’os car cette trompe est sacrée. La touffe de cheveux présente dans l’objet était parfois prélevée sur une victime, tantôt d’une relique venant des ancêtres ou le don rituel d’un parent proche appartenant à la génération précédente.

En outre, les voyages entre les îles de l’océan Pacifique rassemblaient une flottille de plusieurs pirogues qui embarquaient une quinzaine de personnes. La conque permettait la communication entre les équipages ou annonçait leur arrivée à d’éventuels habitants à terre.

Conque d’appel, archipel des îles Marquises, fin XIXe siècle, 48 x 35,2 cm, collection des musées de Dunkerque, photo d'Emmanuel Watteau 

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